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Vendredi 16 mai 2008
Ceci est un texte original écrit pour Elliouchka, à sa demande expressement faite. Puisse ce texte graver en Toi non pas l'Espoir mais la certitude que tu vis pour apprécier l'Instant...

                                                                                                                                                                   Sacha

"Au commencement il n'y a rien; rien qui puisse justifier quelque Fertilité que ce soit. Il y a juste le Rouge et le Visqueux, le Battant qui fait frémir ton sein d'une allure régulière.
Depuis un changement s'est opéré à cause d'un regard furtif et d'une main posée sur ta cuisse.

Il fait un vent froid dans ton ventre, un souffle qui te crispe mais à la fois te détend, tu ne sais plus où sont tes mains que tes doigts malaxent nerveusement. Un frisson te parcourt les bras en une traînée violente et électrique... Et tu ne sens plus ton coeur.
Tu ne le sens plus car il ne t'appartient plus, seule en Toi est restée l'inquiétude de ne jamais le récupérer.

D'un air faussement innocent tu regardes ses mains qui naturellement prennent la forme du galbe de ton sein, tes yeux sont insensibles et ne captent que l'Ombre de ses Sentiments qui éclairent pourtant en Toi un Ressenti fort ancien que tu ressens de nouveau.
A présent il n'est pas là et tu souffres; tu souffres le l'absence et le manque, le vide que tu te crée.
Tes larmes sont les siennes quand tu serres son Coeur fort contre Toi... Mais il n'est pas là...
Alors vous vous serrez dans vos bras le temps d'une Folie, ce vide qui vous blesse, pour l'embrasser d'une violence inouïe.

Car la seule violence que l'on puisse donner est bien celle de ne pas être là, mais la seule façon de la vaincre et de la retourner contre soi...

Ell(i)e est amoureuse."
Par Sacha - Publié dans : frustrado
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Mercredi 26 mars 2008
C'est plaisant de voir au combien les gens se considèrent de haut. Et moi le premier! Ce magnifique passage pour être oublié avant et après... Cette prose m'a été inspirée par l'horloge qui torture nos espoirs...
Les Romains avaient en somme tout compris...
"Omnes vulnerant, Ultima Necat"


Sacha _Tovarich_



Une heure une heure être
Seulement ce temps
Etre une heure une heure durant
Ce temps au loin
Pendant l'heure une heure durant
A la potence de nos Aïeux
Au cri de l'heure qui s'étend
Et fait mourir les blés

Une heure une heure être
Seulement pourquoi et au combien
Ce temps d'être loin de l'heure qui
Dure
Une heure durant ce temps
A creuser sans le souffle
Pendant l'heure une heure durant
A la potence de nos Aïeux
Au cri de l'heure qui s'éprend
De l'éphémère du temps qui
S'étend sous les cils et l'Âme se détend

Etre une heure une heure durant
Ce temps au loin
Pendant l'heure une heure durant
A la potence de nos Aïeux
Au cri de l'heure qui s'étend
Comme le corps dans le béant
Dans l'humide de la Terre à l'abri du temps

Au cri de l'heure qui s'étend,
Etre une heure une heure durant,
Le temps passe les pieds devant,
Etre une heure une heure durant,
Le temps qui passe et jamais ne nous attend...
Par Sacha - Publié dans : frustrado
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Mercredi 26 mars 2008


Reeze... Donner à une instrumentation le nom du sample du synthétiseur, même si ce n'est pas très original...
Une de mes rares apparitions dans des clips vidéos...

Allez, pour ce qu'il me reste de dignité...
Par Sacha - Publié dans : Créations
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Mercredi 26 mars 2008


Bon, et à présent?

A présent, le temps file, et voilà que l'on se retourne et que l'on contemple nos oeuvres défaites.
Ici, clin d'oeil à tous les nostalgiques du groupe AFELZ LR avec la chanson SEIGNOSS...
Par Sacha - Publié dans : Créations
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Mercredi 5 mars 2008

Poème pour Elliouchka, qui est si loin d'ici, invisible à l'oeil nu, mais si je me retourne les yeux, je peux l'apercevoir dans le miroir du souvenir...                                                                                              Tovarich



La Nuit de Fin du Monde

 


Dans le Rouge du Soir Apparait

Sans se faire pardonner le filtre Filandreux des

Astres crasseux La lumière sotte des Réverbères

Qui guettent de l'Oeil Absent nos mains plongeant dans la Cendre

Oui nous déterrons les Morts pour les débaîllonner Les

Morts ressemblent

Aux vivants Lorque la Terre Tremble

Muets comme des tombes et les yeux Vides

A cette Nuit je m'en remets, les Morts ressembleront aux

Vivants et les Vivants ressembleront aux Morts La

Nuit est Rouge Dieu qu'elle est Belle la Rouge

Dieu qu'elle est belle La nuit

Par Sacha - Publié dans : frustrado
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Vendredi 22 février 2008

Tu sais parfois j'ai mal quand c'est mon coeur qui crie quand mes mains restent muettes
Quand ma Raison devient sourde
Je me revois déjà à creuser la terre à piocher dans le Temps une brèche légère
Où s'immiscent les Souvenirs qui étranglent mon ventre et qui me compressent les tempes
Quand les paupières me brûlent de ce trop de sel dans l'amer de mes pupilles
Elles se fendent sous l'éclat d'une larme trop pesante

 

Par Sacha - Publié dans : frustrado
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Mercredi 20 février 2008

Bon Dieu, c'est un retour dans mes pensées dépassées _mes sûrement pas périmées_ dans lequel je me suis embarqué en retrouvant ce vieux texte.

En tous cas, il respire l'air et le moral que j'avais à l'époque...

                                                                                                                                                          Sacha  _Tovarich_

 


Vous n'avez jamais ressenti ce sentiment de perte de contrôle de vous-même, quand la Mort vous caresse les côtes? Vous anticipez, et vous mourez peut-être sans le vouloir et certainement sans vous en apercevoir.
Peut-être qu'à ce moment, nous ne sommes plus celui que l'on croit être mais celui que l'on est vraiment: quelqu'un de commun, victime de sa naissance... C'est effrayant de vérité, nous naissons et à ce moment, là où nous croyons être au commencement de la Vie, nous sommes en fait au début de notre Mort. Mais nous somme trop naïfs, et nous essayons alors de donner un sens à notre vie, qui nous servira de réconfort à l'heure de notre Mort. La Vie est bien étrange et c'est, je suppose,
ce qui nous pousse à aller voir jusqu'au bout, et, comme nous en faisons toujours trop, l'on s'égare et on meurt.
Ma date de naissance? Je n'en ai aucune idée. Pourquoi ai-je revêtu le point d'interrogation pour m'en servir de manteau?
Le monde est plein de questions; ce qui est normal, le monde lui-même est une question.
Je me sens perdu aujourd'hui, même si à côté de moi ma fenêtre est ouverte sur la civilisation et que mon calendrier affiche "Vendredi 13 Novembre"... et je ne m'y fie même pas, j'oublie souvent de le mettre à jour; peut-être parce que je ne veux pas voir le temps passer... Mais les mouvements du Soleil, de la Terre, me rappelle que, comme tout ce que l'on fait ici, même si je n'actualise pas mon calendrier, rien ne s'arrêtera.
Tout ce que l'on a n'est que prétexte. Les voitures, les lave-vaisselle et tout ce qui nous fait croire que tout va plus vite, plus vite que le temps lui-même.... Pauvres êtres que nous sommes... Allez, je dois à présent essayer de fermer mes yeux, je sens mes pupilles qui se révulsent et mes membres qui se raidissent. Je me sens partir, un inconnu s'infiltre dans ma conscience...
Encore une fois, je ne comprendrai pas mon rêve...

Mais est-ce vraiment un rêve ? Suis-je endormi ou éveillé ? Je ne sens pas l’air qui devrait glisser sur mon visage, ni le bruit de la rue… je ne sens plus l’odeur des gaz toxiques que rejettent nos usines et nos voitures, pourtant, la fenêtre est ouverte et même la violence des rayons de soleil n’agressent pas mon œil… Qui est donc celui qui essaie de me contrôler ?
En tous cas, j’ai encore ma capacité à réfléchir, cela me rassure un peu. J’ai encore des sentiments alors, si cela me rassure, je ressens encore quelque chose en moi… Mais plus de sensations extérieures…
Ceci est étrange, mais devrais-je avoir peur ?
Je crois que non. Enfin, si…. Je ne sais pas. Mon esprit se brouille, j’ai l’impression que ma structure cérébrale s’effondre, j’avance en aveugle… Non, ce n’est pas possible.
Je vois encore. Je vois un homme, je crois que c’est un homme, ou du moins il ressemble à un humain. Existe-t-il vraiment ? Je tends ma main devenue pâle et tremblante vers cet homme… Il est immatériel.
J’ai donc vraiment perdu mes sensations ? Mais suis-je vraiment dans le monde matériel ? Je ne ressens rien pour cet homme, même pas de l’indifférence. Je me souviens du mot « haine », « amour », « affection » mais leurs définitions ne me viennent pas à l’esprit et d’ailleurs, ai-je encore de l’esprit ?
Je revois un livre que j’ai lu et qui ne m’a rien apporté, une lampe posée là sur un meuble que je n’ai jamais allumée et aussi une personne qui vit avec moi, je crois, il me semble.
Un vertige me prend, suivi d’une forte nausée. Ma cage thoracique se comprime, mais je ne ressens qu’un faible désagrément… Il arrive, je le sais, celui qui habite mon rêve… Ou ma vie….
Je perds le contrôle…

Par Sacha - Publié dans : frustrado
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Mercredi 12 décembre 2007
C'est bizarre comme quoi des fois c'est dans la Nuit que tout devient plus clair, avec des larmes en guise de pardon destinées à un Etre invisible .
Combien de fois les promesses nous ont conduite proche de la cime des arbres, sous une chevelure lumineuse...
Que reste t'il de Toi, mon Orion?

La Vie est comme une villle entourée de collines, le point de vu diffère suivant l'endroit où on est placé; Dieu que la Ville est belle sous un apparat de Lumière, mais Dieu qu'elle est laide sous la fausse lumière des réverbères..;

En pauvre papillon de nuit, on s'approcha trop près de ces astres artificiels pour se consumer doucement au côté de la Douce Illusion qui berça nos vies...


Je t'aime...
Par Sacha - Publié dans : frustrado
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Mardi 6 novembre 2007
En tout et pour tout, (j'adore cette formule et je la place à outrance) cette nouvelle reflète encore ma fascination _malsaine?_ pour la fascination malsaine pour la "prosopopée pendulaire".
Dédicace à la Mo grâce à laquelle on s'est tués à trouver un titre et une version correcte. Merci

                                                                                                                     Aurélien "Tovarich Sacha" COMTE



Il y a la route, je regarde toujours si je vois passer quelqu’un…Elle s'en va crever la toile de fond que l'on appelle Horizon, de sa lame grise que le Temps aiguise…
Elle s'en va oubliant l'artiste apatride, le jongleur déprimé et un vieux clown maquillé qui ont dû appartenir à quelques cirques miteux…
Il y a la route et je regarde toujours si je vois passer quelqu’un, mais personne ne passe, seul ces trois bougres d’infortune restent sur le bas côté...

Le vieux clown me plaît particulièrement, avec son visage d’homme triste et son costume pastel: on lui a promis la Piste aux Etoiles, mais cette Route n'y mène pas. « Toi aussi tu la vois chevaucher l'Horizon, taquiner la Grande Ourse et jouer avec Orion » pensai-je avec une ironie certes déplacée mais teintée d’une indéniable réalité.

Le vieux clown et ses compagnons n’avancent plus sur ce ruban grisâtre et ne voient plus de la Vie aucun paysage...
Lui, il reste là, tranquille et insouciant, fixant de ses grands yeux maquillés un nuage à la chevelure nébuleuse. Je suis certain que s’il pouvait chevaucher ce cirrus il le ferait…

Je me souviens d’ailleurs quand je l’ai aperçu pour la première fois :
C’était dans l’après-midi : il y avait cette route que je regarde toujours pour voir si il y passe quelqu’un, les trois compères qui marchaient d’un pas las, et moi-même qui les voyais s’approcher :
le jongleur dans son habit bariolé avec ses balles de jongle dans la main droite, l’artiste vêtu de frusques aux couleurs d’automne et sa compagne de guitare qui ballottait dans son dos et entravait sa marche.
Et il y avait ce vieux clown blanc au costume pastel et à l’allure si fantastique qu’elle en était chargée d’humilité… Ou peut-être de respect, je ne saurais trop la qualifier..
Quoiqu’il en soit, je ne savais pourquoi ils étaient venus se perdre sur cette route.
D’ailleurs je trouve cette route triste… Je trouve que toutes les routes sont tristes… Elles ont obligé l’Homme à emprunter des directions qu’il ne voulait peut-être pas choisir, elles ont faussé les notions de temps, de distance… Et peut-être même d’existence.
Vous voyez sûrement de quoi je parle : je parle de ces raccourcis censés raccourcir et qui finalement rallongent et vice-versa. Le Temps s’en voit ainsi faussé et se vexe en rallongeant la durée des minutes ou en atrophiant les heures, histoire que celle supposée être notre ultime arrive plus rapidement, par surprise.
Mais c’est vrai que cette route-ci a tout pour déplaire et vous rendre allergique à l’asphalte : elle vient de nulle part ou bien d’une ville lointaine et s’enfonce dans la rase campagne avant de se perdre dans une Forêt. Elle passe dans des villages croulant sous le poids des années, croise des vieillards que la Mort a oublié sur un banc en pierre ou simplement taillé dans un tronc d’arbre pour finalement rencontrer quelques masures isolées où les gens n’y sont jamais…
Si vous regardez droit devant, vous verrez que la route semble s’arrêter à l’entrée d’un tournant.
Si vous exécutez une demie révolution , vous verrez un long serpent de bitume se lovant entre les arbres et le Néant.
Si vous regardez en l’air, vous ne verrez qu’un long corridor gris qui n’est en réalité qu’un Ciel où le Soleil est absent. La frontière entre la Terre et le Ciel semble abolie tant ils se ressemblent… Surréaliste miroir qui ne reflète que du vide…
Mon regard porte d’ailleurs au Ciel qui lui aussi paraissait haïr cette route : de grands arbres _peut-être des hêtres ou des bouleaux_ dont les cimes semblaient se rejoindre de part et d’autre de la route voilaient le Soleil ; il n’y avait aucun oiseau mis à part quelques corbeaux et une colonie d’éperviers ; mais eux-même effrayés par cet affreux ruban gris volaient alors sur le dos pour ne pas voir cette maudite route en dessous d’eux.

En tous cas, ces trois hommes-là n’ont pas l’air effrayé du tout et ont même l’air tranquille.
Sûrement éprouvés par toute la route qu’ils durent avaler, ils s’étaient allongés dans le matelas frais et tendre que leur proposait Dame Nature.
J’ai pu entendre au soir tombant quelques notes naissantes monter de la guitare de l’artiste en direction des cieux. Il devait jouer pour remercier sa Muse ou pour quelconque personne chère à son cœur . Entraîné par la mélodie, le jongleur se leva rien qu’à la force de ses jambes en appuyant ses mains sur ses genoux. Il  dépoussiéra d’un revers de la main son pantalon qui lui était un peu trop court avant de commencer à jongler : il semblait vouloir lui aussi crever le plafond céleste en lançant ses balles multicolores aussi haut que son expérience le lui permettait.
Seul le vieux clown ne bougeait pas, son maquillage emprisonnait ses expressions sous cette mélancolie blanche et noire.

Cela devait faire quelques heures à présent qu’ils s’étaient arrêtés et n’avaient toujours pas remarqué ma présence.
Je dois avouer que je préfère que ce soit ainsi, on ne sait jamais sur qui l’on peut tomber, et cette satanée route rajoute à notre peur originelle une dimension démoniaque.

Le Soleil roulait vers l’Horizon, haché par la cime des arbres qui prenaient des allures de Cathédrale, le jongleur venait de perdre ses balles dans les fourrés obscurs et subissait les moqueries de ses camarades jusqu’à ce que la fatigue eut raison de leurs dernières forces.
Le silence et le respect revinrent avec les étoiles et avec la Lune.

 

Sur la route, il n’y avait toujours personne… Mon regard était fixé à un des virages de la vieille route défoncée : ici, il n’y avait pas âme qui vive, si ce n’est les trois bonshommes allongés dans l’herbe et dormant tranquillement, sans ronflements ou autres bruits susceptibles de tuer le silence qui régnait dans la campagne.
 Même dans le noir, on apercevait la Route, nue, froide et immobile.
Je passai la Nuit avec les trois artistes sans qu’ils n’aient pour autant remarqué ma présence, ce qui est quand même un peu étrange, mais cela ne me dérangea pas outre-mesure… De toute façon, rien ne m’a jamais bien dérangé, et je suis sûrement plus chanceux que mes voisins égarés sur cette route…

Je ne sais pas à quoi rêve le vieux clown, mais ce doit être d’une femme ou alors du retour au pays car il dort avec le sourire au lèvres.. Du moins, c’est ce que je crois être un sourire : la lumière pâle et diffuse de la Lune combinée à son maquillage m’empêche de tout bien distinguer…
Mais quelle importance de toute façon ?
Il ne doit rester à cette petite troupe que des fragments de rêves qu’ils doivent peiner à assembler, surtout lors des courtes nuits d’Eté…
 Mais que dire alors des longues nuits d’hiver où le cauchemar aime se transmettre comme un virus et infecte les inconscients de chacun ?
Il est évident que ces artistes n’ont pas une chance que l’on pourrait envier, mais leur vision de la Mort et identique à leur vision de la Vie, ce qui les anime d’une étrange motivation.
S’ils savaient au combien moi aussi j’ai rêvé de boire le Ciel et ses paillettes inaccessibles, ils m’accepteraient dans leur troupe, rien que pour ce motif, j’en suis persuadé.
Mais l’heure est à la Nuit, et je n’ai pas le droit de leur voler le peu de rêve et de sommeil qu’il leur reste..
Et puis je sais ce qu’il va se passer demain : ils vont se lever en même temps que la Lune ira se coucher, rassembler leurs affaires et se remettre à parcourir le ruban gris jusqu’à un village qu’ils ne trouveront peut-être jamais pour mendier leurs tristes vies grâce à leurs maigres savoirs d’artistes ratés.

Je ne sais pas pourquoi ni comment, mais je les plains, surtout ce vieux clown que la Vie semble avoir quitté.
Et toi, l'artiste apatride, qu'as-tu fais de ta guitare, de tes mots en trop et de tes maux d'amour?
Ta guitare est muette comme les postillons de la pluie d'été et ton esprit s'émousse, ton Sentiment prend l'eau...
A force de faire la manche, te voilà presque mis à nu, le cœur dans l’herbe et les yeux clos.
Et le pauvre jongleur qui a perdu ses balles dans l’herbe haute... Tu as égaré ta matière, tu l'as épuisée à trop en jouer; mais malgré ça tu continues à jongler avec du Rien...

J’aimerais savoir à quoi ils rêvent, s’ils rêvent de lions au bord d’un lac, comme le Vieux du roman d’Hemingway, d’avenir meilleur comme les personnages de Soljenitsyne ou du meilleur des mondes que s’imaginait Candide…
Ils ne doivent sûrement pas connaître tous ces noms-là mais le Rêve ne dépend pas de l’érudition. Je pense même que les simples d’esprit rêvent plus que les érudits car ils n’ont pas encerclé leur imagination de brides rationnelles. Ils ne savent rien, alors ils imaginent.
Je crus alors qu’ils pourraient être heureux dans leur condition d’artiste vagabond.
La nuit s’enfonçait de plus en plus en elle-même, ce qui la rendait encore plus sombre et davantage inquiétante.

Moi, je n’avais pas peur.

Mais il y a toujours cette route que je regarde fixement, avec une inconsciente obstination… Mais il n’y a toujours personne… Et ces grands arbres que la Lune éclaire à moitié lui donne une allure de nécropole, avec trois gisants sans ci-gît à leurs pieds…
Ils dorment, tranquilles, bercés par une brise qui vient s’engouffrer dans les chevelures et fait frémir les branchages dans un froissement de tissu végétal.

Je ne sais combien de temps dura la Nuit… Il a toujours été très dur de déterminer la durée des moments noirs. Le temps que l’on passe dans l’obscurité nous semble toujours plus long…
En tout cas, elle est sur le point de mourir, les couleurs du Ciel s’éclaircissent en teintes pâles qui ressemblent fort à l’habit pastel du vieux clown maquillé et le Soleil semble percer l’Horizon… Incroyable funambule qui paraît être en équilibre sur une branche d’arbre de l’autre côté de la route.
Je regardais les trois endormis qui ne semblaient pas dérangés par le Soleil naissant et continuaient de dormir dans l’herbe humide.
Seul le vieux clown se réveilla, lentement mais non sans difficulté. Le Soleil encore doux ne lui frappa pas la rétine, mais la caressa simplement d’une lumière diffuse de couleur bleutée.
Son maquillage avait coulé sur la partie du visage sur laquelle il s’était endormi, ce dont il se rendit compte en voyant son habit taché par la rosée et par les coulures blanchâtres sur son costume bleu.
Je crois qu’il maugréa, puis sortit de sa poche un mouchoir avec lequel il s’essuya entièrement le visage.
Pour la première fois depuis hier, je vis le vrai visage du vieux clown et je le préférais maquillé.
Toujours en maugréant, il étira ses bras à s’en déchirer les flancs dans un bâillement interminable et se tourna vers le jongleur auquel il donna une petite secousse à l’épaule droite.
Celui-ci ouvrit les yeux un court moment avant de recroqueviller ses jambes près de son ventre et de se rendormir.
Mais ce n’était pas l’avis du vieux clown qui le secoua énergiquement encore et encore jusqu’à que le jongleur se décida enfin à se réveiller. Il avait visiblement dormi sur son côté droit à en juger sa coiffure qui semblait vouloir toucher le Ciel et son regard paraissait encore emprisonné dans ses pensées nocturnes.
Le guitariste, lui, se réveilla de lui même, sans doute réveillé par l’agitation provoquée par ses bruyants voisins. Il avait dormi la tête posée sur la caisse de sa guitare, et à son réveil un affreux torticolis lui emprisonna la nuque d’une douleur aiguë… Du moins c’est ce que je me suis dis en le voyant se masser les cervicales et balancer sa tête de droite à gauche tout en faisant pression sur son cou avec sa main droite.
Puis, alors que le Soleil montait sans cesse vers le Zénith, ils se levèrent, les articulations douloureuses, et s’étirèrent autant qu’ils le purent, tantôt en élevant les bras au Ciel, tantôt en essayant de se toucher les pieds avec leurs mains engourdies par la fraîcheur matinale.

Et il y a la route : je regarde toujours si je vois passer quelqu’un mais personne ne vient, à part ces trois hommes qui sont là depuis hier et qui s’apprêtent à partir.

Enfin pas tout à fait : le jongleur se souvint qu’il eût perdu ses balles dans les fourrés… Il devait absolument les récupérer, car c’est un peu comme s’il abandonnait sa chance de pouvoir manger au jour le jour… Et le vieux clown avait besoin se remaquiller.
 « Tant mieux, ils me tiendront compagnie encore un peu » me dis-je sans pour autant le penser vraiment.
Alors que le jongleur s’enfonçait un peu dans les buissons qui bordaient cette maudite route, le guitariste sortit des ses poches deux tubes qui devaient être le maquillage du vieux clown.

Il fit deux pas en avant afin de pouvoir remaquiller son compagnon : il commença par enduire tout le visage de maquillage blanc, puis dessina avec le tube de noir les sourcils, le contour  des yeux et le sourire malheureux du vieux clown.
Ils échangèrent quelques gestes puis regardèrent en direction du Ciel qui ne formait qu’un étroit bandeau gris. Les arbres étaient toujours terrifiant et le jongleur avait disparu de leur champ de vision.
Je crois qu’ils l’appelèrent pendant quelques minutes, les mains collés en entonnoir sur leurs lèvres, avant de le voir ressortir du bois à la lisière de la route, tenant fièrement en haut de son bras tendu les trois balles de jongle qu’il avait égaré.

Ils reprirent alors leurs affaires et passèrent presque à côté de moi sans même me remarquer.
Cette fois c’était fini,  ils continuaient à piétiner cet affreux bandeau noir où même le Soleil à peur de s’aventurer… Pourtant la route est très calme, je ne sais plus pourquoi tout le monde s’acharne à dire qu’elle est maudite.

C’est peut-être parce que certain m’ont aperçu, le cou rompu et la peau bleue, me balancer au gré du vent dans un sinistre grincement, pendu au bout d’une corde sur une branche de sapin…

 

Par Sacha - Publié dans : frustrado
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Lundi 15 octobre 2007
Pardonnez moi tous de n'être que très peu présent, que mes espérances vous accompagnent dans tous ces Moments Aveugles qui m'ont crevé la vue.



C'est alors que la Nuit percha son monocle lumineux à la cime d'une forêt
Sur son visage sombre vint se poser une pluie de poussière ocre
Les nuages sortis de l'Usine se perdirent et périrent dans une arrière-cour
A l'ombre d'une toiture aux pignons brûlés

Et de la plaine où jadis picoraient les moineaux
Se querellent des corbeaux vernis
Pour les doux arômes de notre chair au repos


                                                                                                                                        Souvenirs du Moment Vide
                                                                                                                                                          Aurélien "Sacha"
Par Sacha - Publié dans : frustrado
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