Parce que il y aura toujours ce puéril en nous qui fera que jamais nous mourrons les larmes aux yeux
Parce que il y aura toujours ce puéril en nous qui fera que jamais nous mourrons les larmes aux yeux« Quoiqu’il arrive, Fils, on vit avec de l’argent, on meurt avec du génie »
Cézanne
Je suis certain que vous l’avez entendu, ce type, là, à la radio ; tout le monde l’a entendu, et surtout tout le monde l’a aveuglement cru.
Il y a eu un grand silence dans la salle vide où je me trouvais, tellement grand qu’il me dépassait même et qu’il me fit peur.
« Enfin, quelle drôle de chose que ce silence là ! » murmurai-je à haute voix
La radio s’était éteinte toute seule car j’avais tourné le bouton sur « OFF », dans un « clic » qui ressemblait plutôt à un « clac », puis me tournai face à l’Assemblée Invisible :
« Ah ! Vous qui êtes assis là, vos Vies sont en danger ! Vous ne croyez que la parole d’une onde ! » Je marquais un temps avant d’hurler dans mon micro
« VOUS NE CROYEZ PLUS EN L’HOMME ! »
Un long silence se fit connaître dès que j’eus fini de prononcer mes mots.
En contre-bas, l’Assemblée était bien calme, aucune chaise ne grinçait, aucun rire ou parole étouffée ne transperçait ce mur qui me séparait d’eux…
Cette mollesse me fit mal au cœur.
D’un pas hésitant et décidé je me dirigeais à l’opposé de la table en direction de celle-ci pour aller saisir un couteau denté à lame lisse que j’avais laissé quelques jours plus tard dans cette même salle de l’autre côté de la rue. Puis je revins sur mes pas car j’en avais oublié un en route pour finalement retourner à l’endroit d’où j’étais parti quand je suis arrivé. C’est à dire à mon micro, et non pas chez moi.
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Le carrelage en parquet était fort bien ciré d’ailleurs, ce qui me chatouilla l’œil et me fit pleurer de rire à m’en rouler par terre, ce qui choqua l’Assemblée dans un « Oooooh ! » que je n’entendis pas –car je ne vous l’ai pas dis mais je suis aveugle, car je n’entends pas ce que je dis et je ne dis pas ce que j’entends. En somme, je suis intelligent-
Je me relevai alors, les cheveux emmêlés dans les manches de mes chaussures, ma main droite tenant fermement le couteau les doigts fermement serrés autour du manche en bois.
l’Assemblée ne disait plus rien, les chaises me regardaient avec ce regard vide qui les caractérise et la radio était toujours muette (car elle était handicapée).
Le Silence retint son souffle alors que ma main gauche levait le couteau tenu par ma main droite et dans un sursaut de courage je me le plantai dans le poumon droit (car je n’avais plus de poumon gauche) du côté du cœur dans un effroyable craquement d’os et d’un déchirement de ma peau blanche que j’avais mis tant de temps à faire bronzer.
L’Assemblée ressortit alors, calme et paniquée, par la porte « Entrée de Secours » qui donnait sur le ravin, tandis que je restais là, agenouillé sur mes deux mains, la lame plantée en moi et qu’un rire s’échappa de ma plaie béante :
« H é !!!! Rire ! Reviens ici !!!! »
Mais il ne m’écouta pas et je vis mon rire partir dans un rire infernal…
Ca m’a presque rassuré…
Car il y avait enfin quelque chose de logique à ce qui venait de m’arriver.
Au loin, le Coryphée se meurt
Et les notes fragiles s’évanouissent
Perdues dans les collines
Où un vieux berger voit arriver son heure
Allongé sur un matelas de verdure
La Musique comme sa vie
Disparaît dans le petit matin blême
A l’heure où la Lune se meurt
Et que l’Astre renaît…
Au loin, le Coryphée se meurt
Et les notes fragiles s’évanouissent
Ecrasées contres les montagnes
Où un vieux loup chasse la Vie
De son pelage en une longue plainte
Tournée vers la Lune qui à son tour disparaît
Noyée dans l’Horizon gris-vert
D’une Forêt bien pâle..
Au loin, au loin, le Coryphée se meurt…
C'est encore une Nuit, une dite de "L'Inspiration", où l'Esprit se débride sous les effets de l'alcool, de l'euphorie collective.