Samedi 1er Juillet 2006:
14h30: Aujourd'hui, l'envie m'a pris d'aller rouler loin de chez moi, essayer de m'évader un peu de ce bassin Argentacois remplit d'ennui et de routine. Pas très motivé, je vais chercher mon Camelback pour le vider (l'eau croupie, c'est pas très bon) et le re-remplir avec 1.5 litres d'eau sucré, puis je prends la direction de piaule pour me changer: je vire mon futal et mon T-Shirt et j'endosse un maillot de cycliste "MAVIC", puis une peau de chamois, celle qui me comprime les burnes et m'irrite le cul. Mais bon, il la faut, sinon c'est pire.
Après m'être changé, paré pour tailler la route, j'appelle Manu pour qu'il me passe son spad de route:
"Yep Manu, c'est Vasili, dis, t'pourrais pas m'filer el spad del route pour s'taprem?"
"Ouais, pas de problèmes, viens le chercher, on causera vélo"
14h45: Je suis allé voir Manu, il m'a filé son spad puis on a parlé Tour de France et de notre déception face à l'expulsion de Baso. Ensuite, après une poignée de main, j'enfourchais le vélo et commencait ma route, la température extérieure est de 37 degrés Celsius.
15h00: Je quitte Argentat, en restant sur mon braquet intermédiaire je roule en moyenne à 27 km/h, histoire de me chauffer les jambes dans les premiers kilomètres.
Après avoir parcouru une poignée de kilomètres, je me rendis compte que j'avais oublié mon lecteur, ce qui veut dire que je serais concentré durant tout le long de la route et à soufrir à plein, sans musique pour me distraire... Mais tant pis, je suis lancé, je ne ferai pas demi-tour.
15h10-15h45: Je roule tranquilement, j'ai monté mes braquets pour me stabiliser à 30km/h de moyenne, avec une pointe au kilomètre 16 à 45km/h sur le plat à l'entrée de Brivezac, bled réputé pour ses dos d'ânes tous les 25 metres. Les gens me regardent passer, certains sont étonnés de voir un cycliste par cette chaleur.... Merde, je suis pas le seul à vouloir m'évader, pourquoi me regarde t'on ainsi? Rien à péter, je trace.
Arrivé a Beaulieu, à 30 km de chez moi, mes jambes ont pris le rythme de mon braquet mais je dois néanmoins m'arrêter, Beaulieu est une jolie ville où je ne suis allé que deux fois. Je parcours la ville à 17 km/h, tranquille.. Des klaxons se font entendre, je tourne la tete et je vois deux jeunes gens à l'Eglise accompagnés d'une foule nombreuse: mariage... Ma bien-aimée je pense à toi... Je quitte Beaulieu vers 16h, après avoir parcouru 35kms, en direction d'Altillac tout en pensant à Ellie, Laetitia et aussi à une musique de Grand Corps Malade que je me récite dans ma tête.
16h00: Altillac est à 1 km de Beaulieu, mais c'est un bled triste.. Ya plein de vieilles personnes assisent sur des bancs, sans âge, et qui regarde la vie passer et s'agiter inutilement... Moi je roule toujours, j'augmente mon braquet à la sortie d'Altillac pour rouler à une moyenne de 35km/h en direction de Biars. Altillac est une ville tout en long et en plein soleil, mes bras nus rougissent et mes biceps commencent à me faire mal. La pharmacie affiche 40 degrés en plein soleil, pas étonnant que le bitume fonde... Le goudron fait des flaques, ça colle aux roues et ça gicle sur mes jambes... Putain, quel bordel! Obligé de redescendre de 3 pignons, je fais chuter ma vitesse à 26.7 km/h: la côte en plein soleil, les bras et les jambes en feu, le goudron qui fond... Il est 16h10 quand j'atteinds Biars et 16h30 lorsque j'arrive à Saint-Céré. Le panneau "Vous quittez la Corrèze" et "Bienvenue dans le Lot" donne une odeur de vacances, j'ai l'impression d'être à 500 bornes de chez moi, mais je ne suis qu' 43 kms... Mais tout ça me fait du bien...
16h30: Une crampe m'attrape à la jambe gauche, bordel elle tombe mal... je m'hydrate pas assez, pourtant, mon Camel est rivé à mes lèvres... Après avoir eu peur d'avoir crevé, je décidai de revenir, car si c'est beau de s'en aller, il faut penser à revenir, et la fatigue se fait sentir...
16h50: Je rentre à Beaulieu, profitant de la descente de Biars pour rouler à 50km/h avant de retrouver les flaques de goudron fondues à Altillac. En entrant à Beaulieu, la fringale me prend, ma tête me tourne... Ah, il y a un café d'ouvert, je vais demander du sucre. Je m'arrête et descends de mon spad; en reprenant contact avec le bitume, mes jambes ont légèrement fléchies: je perds le rythme de course, mais c'est pas grave, mes jambes tiendront le coup.
La tenanciere est une jeune anglaise et la conversation se fait en anglais:
"Hello, sorry, i ain'"t got money, but I rode my bike for 2 hours and I need sugar to come back home... Can you gimme some, please?"
(En gros, je demande du sucre)
L'Anglaise était vraiment gentille et m'a refilé 5 sachets de sucre en poudre et 5 chocolats que j'ai du manger de suite car ils fondaient... Après m'avoir traité de fou (gentiment bien sûr), nous nous salutâmes et je renfourchais le vélo pour reprendre la route...
17h15: Je roule avec peine, le goudron fond et je suis en plein soleil, il m'arrive alors de rouler à gauche car il y a de l'ombre.. Ma vitesse redescend à 27km/h, malgré quelques poussées à 38-40km/h, et soudain, au kilomètre 58, alors que je voulais boire, je ne trouvais que du vide dans mon Camel... Putain, c'est bien ma veine! Il me reste un peu mois de 30 bornes pour revenir... J'avais un peu peur de tomber de les pommes...
17h25: Je roule plus vite que tout à l'heure, le passage à l'ombre dure 5km, faut que j'en profite pour reposer mes mollets en descendant d'un braquet.. Le faux plat descendant fait monter ma vitesse moyenne à 29.9 km/h (c'est précis, ces compteurs, même si j'ai la haine de pas rouler à 30 moyenne)... Ayant la bouche sèche, j'embrasse mon bras (je sais pas pourquoi, sûrement dû à la fatigue): la peau, après quelque minutes, pèle à l'endroit où j'ai appliqué mes lèvres... C'est moche, mes bras sont violets, les veines sortent de partout, j'ai soif, ça cogne et j'avance pas...
17h40: Je regarde mon compteur et je roule actuellement à 31km/h, ma distance journalière est de 65kms pour le moment, et ça fait 2h40minutes et 38secondes que je roule, j'arrive à Saulières, l'arrivée est proche...
18h00: J'arrive chez moi après 3h05minutes et 12 secondes de parcours, après avoir quitté mon département et ma région pour une distance totale de 80km à une vitesse moyenne de 29km/h (ce qui est pas énorme). A Argentat, le thermomètre affiche 43 degrés, je suis vanné...
A peine arrivé, je vais avertir mon père que je suis de retour, seulement mon père a besoin de moi pour travailler aujourd'hui, je ne rentrerai qu'à 21h30...