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Tranquilité

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Samedi 18 octobre 2008
Voilà une petite histoire (anecdote serait plus approprié) authentique qui m'a été racontée par mon père quand j'étais petit au sujet de mon aïeul: quand il rentrait tard le soir, après la veillée, il passait par la forêt pour retrourner chez lui...


Lafage, 28 Novembre 1902

"La veillée de ce soir avait été particulièrement longue. En ces soirées d'hiver, on se préserve en buvant de l'alcool de prune et faisant griller des châtaignes dans le cantou (foyer). Les plus anciens ont raconté plusieurs petites histoires concernant les malédictions et les supersitions; ces histoires m'effraient toujours.
Seulement, maintenant il fallait rentrer; et je haïssais rentrer en hiver, en traversant la forêt peuplée d'arbres morts, seulement vêtu de frusques et couvert par une capeline simplement posée sur mes épaules. Cette nuit, le ciel était complètement bouché, ma lanterne était mon seul guide dans ce dédale de chemins. Sa faible lueur éclairait à peine deux mètres devant moi.
Après avoir parcouru quelques centaines de mètre, je me trouvai en pleine forêt: on ne voyait plus du tout le ciel, les arbres brandissaient leurs branches commes des bras décharnés au-dessus de moi... Quoi de plus normal en cette saison?
Soudain, dans le faible halo de ma lanterne, apparut un étrange objet en travers du chemin. Je m'approchai lentement, tenant ma lanterne à bout de bras lorsque je fus saisis d'un effroyable frisson: un cercueil avait été placé là, ouvert, en travers du chemin. Surtout, ne pas passer par dessus, ça inciterait la Mort à venir nous chercher. Au même moment, une brise glaciale vint me geler l'échine...
Faire le tour, me dis-je, faire le tour et ne pas passer par-dessus; le chemin était étroit, mais peu importe.
Je contournai ce funeste mobilier et poursuivai ma route dans la forêt, avec le pas un peu plus lourd qu'au commencement. Les kilomètres qui suivirent furent longs: j'avais froid, ma capeline ne me protégeait plus du froid: elle traînait derrière moi, sale et trempée.
A peine m'étais-je rassuré d'être proche de la sortie du bois qu'un craquement de branche me fit faire volte-face brutalement, accompagné de l'inspiration bruyante propre à la frayeur. Je fis décrire à mon bras un arc de cercle, doucement, pour balayer le chemin derrière moi: rien.
Un léger râle sur ma gauche attira mon attention; je tournai la tête et dirigeai ma lanterne en direction du bruit lorque la lumière fit s'enflammer les yeux d'une bête tapie dans les fourrés. Un loup. C'était un loup. Les loups ne s'approchent pas des hommes, même si l'hiver fut rude, ils ne les approchent jamais de trop près.
Mais là, il n'était qu'à cinq mètres de moi. Lentement, je fis demi-tour et recommencai à marcher de façon régulière: j'entendais le loup qui derrière moi faisait doucement crisser la neige sous ses pattes. Il se rapprochait. J'entendais son souffle entrecoupé par le claquement de sa langue sur ses babines. Puis il se mit à hurler à la mort.
La peur prit à cet instant possession de moi-même: ce n'était non plus le loup qui m'effrayait mais sa meute qu'il était en train d'appeler de son hurlement lugubre...
En une dizaine de seconde, la forêt se mit à trembler: derrière moi s'agitait les loups, peut-être cinq, peut-être six.
Ils marchaient à une tcinquantaine de centimètres de moi, à pas feutrés. L'un d'eux posa sa patte sur le pan de ma capeline qui traînait au sol, la faisant glisser de mes épaules: la dernière chose à faire aurait été de s'arrêter puis de se baisser pour la récupérer.
Je connaissais bien les loups, et ils n'auraient pas hésité à me sauter dessus sitôt baissé pour ramasser mon vêtement...
Les loups s'arrêtèrent machinalement de me suivre à la sortie du bois. Je rentrai, presque serein. De toutes façons, la chouette clouée sur ma porte me garantissait la protection contre le Malin."


                                                                                                                                                                           Tovarich
Par Tovarich - Publié dans : frustrado
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